UNIS POUR LA VIE
Gants | Résidence d’artiste en entreprise / RUSTIN |
du 01 janvier 2025 au 01 janvier 2027
résidence portée par l’Association Les Moulins de Paillard
soutenue par le ministère de la Culture-Drac des Pays de la Loire
soutenue par le ministère de la Culture-Drac des Pays de la Loire
Archéologie du geste
Rustiner. Ce geste, chez Rustin, excède sa fonction technique pour se transformer en figure, en métaphore, en fragment narratif. Il devient un langage à part entière, un signe de présence et de soin, capable de raconter une histoire sans recourir aux mots. À l’instar du kintsugi japonais, qui souligne la fracture au lieu de la dissimuler, la réparation devient mode d’apparition. Dans un monde gouverné par le rythme du capitalisme, la valeur d’un objet se mesure à sa nouveauté et à sa capacité à être consommé puis jeté ; rustiner devient alors un acte de résistance. La rustine n’est plus seulement une réparation, elle se fait geste écologique, geste éthique. Elle refuse la logique de l’obsolescence programmée, elle interrompt la course à l’instantanéité et au remplacement.
Le travail de Perrine Lacroix s’inscrit dans une attention à ce qui, au cœur du réel, échappe au regard. Dans l’espace clos du laboratoire, elle saisit par la photographie ces tiroirs (1) où s’alignent depuis des décennies les épreuves de couleurs et de textures du caoutchouc ainsi que du silicone, archives matérielles qui révèlent la persistance du temps et la constance de la matière. Elle extrait ensuite ces nuanciers de leur organisation utilitaire, les dispose à plat, les réorganise selon selon une logique arithmétique qui laisse surgir le hasard. L’ordonnancement initial se défait pour faire apparaitre ce que la matière retient de ses propres durées (2).
Sous le toit de l’usine, tout paraît d’abord gouverné par le protocole, la répétition, la cadence métronomique et la segmentation des tâches. La rationalité productiviste opère en mécanique de fragmentation, elle dissocie, découpe, isole chaque geste pour l’assigner à une fonction, jusqu’à faire du corps un rouage de la chaîne. Cependant le mouvement n’est jamais seulement mécanique. Il charrie des strates de mémoire et de savoir-faire, il condense une culture et un rapport au monde. L’infime écart entre la règle et son exécution, la nuance de la répétition, font affleurer la possibilité d’un langage singulier, d’une inscription qui résiste à l’effacement.
Face à cette mécanique, Perrine Lacroix engage un travail de réinscription afin de restituer à l’anodin sa densité, à l’ordinaire sa puissance d’apparition.
Photographier les gants (3) façonnés par l’usage — chaque paire marquée de l’empreinte singulière d’un poste, d’une fonction, d’une action— revient à exhumer la mémoire muette des corps au travail. Le latex, recueilli dans les hévéas comme une matière de soin pour protéger, isoler, imperméabiliser, conserve l’écho d’une pratique ancienne que chaque gant traduit.
Filmer la matière chauffée, extrudée, refroidie (4) ; capter la fumée d’un four ou la sortie du personnel lors d’un exercice d’alerte (5). Autant de fragments prélevés du flux quotidien. Ce qui s’use, ce qui s’érode, ce qui semblait condamné à la routine se transmue en archive vivante, en témoignage actif du passage du temps.
L’usine apparaît dès lors comme une vaste chorégraphie, un ballet orchestré par les cadences et les pulsations des machines, où chaque journée invente une nouvelle partition. Les couleurs codifient les circulations, rouge pour les rustines à destination de l’Asie, noir pour les encadrements de trains vers la Norvège, gris pour les profilés consacrés au Nil. Du laboratoire à l’extrusion, de l’outillage aux expéditions, les postes s’enchaînent et s’accordent dans une polyphonie de gestes et de corps.
Rustiner. Ce geste, chez Rustin, excède sa fonction technique pour se transformer en figure, en métaphore, en fragment narratif. Il devient un langage à part entière, un signe de présence et de soin, capable de raconter une histoire sans recourir aux mots. À l’instar du kintsugi japonais, qui souligne la fracture au lieu de la dissimuler, la réparation devient mode d’apparition. Dans un monde gouverné par le rythme du capitalisme, la valeur d’un objet se mesure à sa nouveauté et à sa capacité à être consommé puis jeté ; rustiner devient alors un acte de résistance. La rustine n’est plus seulement une réparation, elle se fait geste écologique, geste éthique. Elle refuse la logique de l’obsolescence programmée, elle interrompt la course à l’instantanéité et au remplacement.
Le travail de Perrine Lacroix s’inscrit dans une attention à ce qui, au cœur du réel, échappe au regard. Dans l’espace clos du laboratoire, elle saisit par la photographie ces tiroirs (1) où s’alignent depuis des décennies les épreuves de couleurs et de textures du caoutchouc ainsi que du silicone, archives matérielles qui révèlent la persistance du temps et la constance de la matière. Elle extrait ensuite ces nuanciers de leur organisation utilitaire, les dispose à plat, les réorganise selon selon une logique arithmétique qui laisse surgir le hasard. L’ordonnancement initial se défait pour faire apparaitre ce que la matière retient de ses propres durées (2).
Sous le toit de l’usine, tout paraît d’abord gouverné par le protocole, la répétition, la cadence métronomique et la segmentation des tâches. La rationalité productiviste opère en mécanique de fragmentation, elle dissocie, découpe, isole chaque geste pour l’assigner à une fonction, jusqu’à faire du corps un rouage de la chaîne. Cependant le mouvement n’est jamais seulement mécanique. Il charrie des strates de mémoire et de savoir-faire, il condense une culture et un rapport au monde. L’infime écart entre la règle et son exécution, la nuance de la répétition, font affleurer la possibilité d’un langage singulier, d’une inscription qui résiste à l’effacement.
Face à cette mécanique, Perrine Lacroix engage un travail de réinscription afin de restituer à l’anodin sa densité, à l’ordinaire sa puissance d’apparition.
Photographier les gants (3) façonnés par l’usage — chaque paire marquée de l’empreinte singulière d’un poste, d’une fonction, d’une action— revient à exhumer la mémoire muette des corps au travail. Le latex, recueilli dans les hévéas comme une matière de soin pour protéger, isoler, imperméabiliser, conserve l’écho d’une pratique ancienne que chaque gant traduit.
Filmer la matière chauffée, extrudée, refroidie (4) ; capter la fumée d’un four ou la sortie du personnel lors d’un exercice d’alerte (5). Autant de fragments prélevés du flux quotidien. Ce qui s’use, ce qui s’érode, ce qui semblait condamné à la routine se transmue en archive vivante, en témoignage actif du passage du temps.
L’usine apparaît dès lors comme une vaste chorégraphie, un ballet orchestré par les cadences et les pulsations des machines, où chaque journée invente une nouvelle partition. Les couleurs codifient les circulations, rouge pour les rustines à destination de l’Asie, noir pour les encadrements de trains vers la Norvège, gris pour les profilés consacrés au Nil. Du laboratoire à l’extrusion, de l’outillage aux expéditions, les postes s’enchaînent et s’accordent dans une polyphonie de gestes et de corps.